Camp Chamois 2014

mardi 2 septembre 2014
par  Philippe BERTOCHIO

Participants

SCA-Gap : Philippe BERTOCHIO

CRESPE : Philippe AUDRA, Jean-Yves BIGOT, Philippe MAUZET et Jean-Claude NOBECOURT

Li Darboun : Johan JOUVE

Les Ragaies : Lucie DAL SOGLIO

Club Martel : Cathy FRISON

Lei Garri Greu : Bruno ARFIB

GSBM : Olivier et Maël SAUSSE

LCNM : Donald ACCORSI

Individuels : José LEROY, Alain STAEBLER

GORS : Pascal CATON

Hongrie : Agnes HAJNAL et Peter ZENTAY, Gabi KOLTAI

Autriche/Russie : Irina DRUZHININA, Nikita et Alexey KOPCHINSKIJ

Macédoine : Majan TEMOVSKI

Mercredi 6 août 2014

Déplacement jusqu’à Castelet-les-Sausses. Arrivée à 10h00 au col du Fa où Jean-Yves et Marjan sont déjà en attente pour le portage. Le quad de Guy arrive peu après pour le chargement et la descente à Aurent des douze sacs de matériel. Au village, Philippe AUDRA est déjà au refuge. Casse-croûte et portage jusqu’aux Fantasmes, la nouvelle entrée, du matériel spéléo et des premiers kits de matériel plongée avec Philippe A., Marjan et Jean-Yves.

Le soir au refuge, il y a du monde. Quatre jeunes sont en bas, quatre sont en haut, avec les six que nous sommes déjà, cela fait une belle troupe.

Jeudi 7 août

A nouveau un portage du matériel plongée avec Alexey (Alex) et Jean-Yves. Pendant ce temps, Philippe A., Marjan, Gabi et Mohammed montent aux lacs Lignin pour réaliser le traçage d’une perte. Le soir, Agnes et Peter arrivent au refuge.

Alex et Jean-Yves au portage

Vendredi 8 août

Jour de la plongée...

Avec la nouvelle entrée, si la marche d’approche est plus longue, l’accès au siphon, même technique, devient beaucoup plus court. Aussi, nous profitons de la fraîcheur matinale pour faire durer le petit déjeuner. Tous les spéléos présents sont réquisitionnés pour la cause, mais Cathy, Marjan et Alex s’arrêteront à la rivière faute de combinaison néoprène.

A 9h30, toute l’équipe décolle du camp pour l’entrée des Fantasmes. Mais avant, il y a 1h30 de marche avec les charges car tout n’a pas pu être monté les jours précédents. Les premiers sont à l’entrée à 11h, les derniers à midi après avoir fait quelques détours.

Rapidement à la rivière, en bas de la galerie des Pingouins, nous faisons le compte : sept sacs, six spéléos : Gabi, Jean-Yves, Agnes, Peter, Philippe A. et moi. Difficile de gérer deux sacs dans cette partie très aquatique de la rivière avec un courant notable et des sacs trop lourds pour flotter. Je vide un sac en m’équipant avec les sous-combinaisons et la combinaison étanche. Plus que six sacs. Mais il faudra aller doucement pour ne pas trop transpirer et ne pas prendre le risque de percer un bottillon. Pendant ce temps, Cathy et Philippe A. gonflent les chambres à air pour le transport des sacs trop lourds. Cela permet aussi de ne pas trop immerger le haut du corps et perdre des calories inutilement.

Je me prépare ou je souris au photographe ? (photo : J.-Y. Bigot)

Le débit de la rivière est de 700 L/s. Il me paraît plus fort que l’année précédente. Avec les charges, nous devons souquer ferme sur les mains courantes pour lutter contre le courant. Le plus difficile reste les zones de rapides car les charges sur le dos, il nous faut résister au courant et au déséquilibre. Cependant, nous arrivons tous devant ce beau siphon. Le fil d’Ariane de 2012 est toujours là. Je me mets immédiatement à la préparation du matériel, dans le crépitement des flashs à Jean-Yves, bien décidé à immortaliser l’instant. De son côté, Agnes tente de concurrencer Jean-Yves en réalisant aussi quelques clichés. Peter, lui, tourne avec un montage personnel de deux Gopro pour des rushs 3D. Mais comme il m’en faut plus pour me déconcentrer, je continue le montage de mes deux recycleurs. Je mets le Megalodon sur le dos mais à l’ouverture du diluant, une grosse fuite se fait entendre. Finalement, la dernière demande de Jean-Yves pour un sourire m’a fait oublier de visser le détendeur jusqu’au bout. Pas de mal, le détendeur bien en place, je peux reprendre l’équipement. Avec le Megalodon opérationnel, je peux me mettre à l’eau pour monter le Joki en latéral, sur ma gauche avec son diluant, à droite l’oxygène. Afin d’éviter les risques d’erreurs, je préfère avoir les deux bouteilles d’oxygène du même côté.

Me voici paré, je pars. Un petit coucou à mes amis terrestres et le casque disparaît sous l’eau. Elle est froide et me saisit les mains ; une erreur sur le choix des gants. Je sens que je vais le regretter... Un coup d’œil au Liquivision pour voir l’évidence : 5°C. La précision n’est pas absolue, mais à un degré près, c’est très froid !

Que de câbles ! (photo : J.-Y. Bigot)

Je démarre à peine la Gopro pour donner à mes collègues une idée de l’ambiance vécue dans ce siphon que j’aperçois, sur les sédiments fins, un élément blanc d’un centimètre bien caractéristique : un ver planaire. Quarante centimètres plus loin, un second ver fouille la surface de ce sable à la recherche de nourriture. Encore un mètre, le sable laisse place à une belle dalle décollée du plafond où trône mon amie l’Asèle. C’est une belle femelle, très reconnaissable à sa taille et à sa témérité. Depuis ma première plongée en 2011 dans les siphons de la grotte des Chamois, ce petit crustacé troglobie curieux m’accompagne, surtout la gente féminine, deux fois plus grosse que le mâle. Le froid m’engourdissant de plus en plus les doigts, je commence à avoir des difficultés à manipuler les commandes de la caméra. Un petit panoramique dans la galerie tout en descendant jusqu’à -24 mètres et je pose la caméra sur le fil pour reprendre l’objectif principal, l’exploration.

Je me laisse glisser dans la pente naturelle de la galerie tout en suivant le fil, accroché régulièrement sur des éperons de dalles relevées. Je m’imagine déjà sur le terminus de 2012 quand la réalité me rappelle à son bon souvenir. À -40 mètres, le fil est cassé et entortillé autour des blocs. Je passe quelques minutes à le décrocher afin de le retendre puis d’en trouver le bout. Je fixe le fil de mon touret et pars à la recherche de l’autre extrémité. Peine perdue, dix mètres plus loin, là aussi, le fil est entortillé. À presque -50 mètres, je n’ai pas l’intention de m’éterniser, aussi, je pars raccorder au premier amarrage. Un peu de tricotage et je range les armes pour franchir rapidement le point bas à - 55 mètres qui s’étire sur une cinquantaine de mètres. La remontée est plutôt rapide avec à - 40 mètres un bon virage à gauche. Alors que depuis le départ, je suis une direction proche de S-N, la galerie prend un axe SO-NE. Le plafond s’élève nettement et le sol n’est plus qu’une grosse trémie bien peu accueillante. -30 mètres, le fond de la galerie se resserre comme pour marquer un surcreusement. La trémie a disparu et le plafond forme un tube régulier. Deux ressauts remontants et la trémie reprend ses droits, toujours plus instable. Le plafond semble toujours monter plus haut et plus large. Je profite d’une visibilité très correcte pour scruter les parois. Le conduit m’apparaît toujours bien régulier. Plus je monte et plus c’est large. A douze mètres, alors que je finis mon palier, le fil part sur la droite vers cette cheminée argileuse que j’avais tentée en vain en 2012. Je pose un fil pour faire le tour par la gauche. Le palier de neuf mètres m’autorise à suivre la galerie entre trémie et plafond pour me ramener inexorablement à droite, dans la cheminée. Je peux passer à six mètres lorsque je suis à nouveau sous cette cloche, mais mon équilibre n’est pas bon. Je suis beaucoup trop léger. Les épaisseurs enfilées sous la combinaison pour lutter contre le froid me font flotter comme un bouchon. Je purge : combinaison, Joki, stab... Rien n’y fait. Je reste un peu trop léger.

Dernier check avant de partir (photo : J.-Y. Bigot)

L’avant dernier amarrage de mon fil, placer à -8 mètres sur une grosse écaille de paroi, me sert à m’accrocher pour compenser la force d’Archimède. Mes sens sont en éveil. Il y a quelque chose qui cloche. J’ai compris ! L’écaille à laquelle je me tiens est en train de se décrocher. Son basculement, d’abord très lent, presque insensible, devient rapide. Elle plonge vers le fond entraînant argile et mon fil. Je plonge par automatisme pour faire sauter l’élastique et éviter de voir mon fil arraché par le bloc qui doit frôler le quintal. Je me retrouve à une dizaine de mètres avec des boucles du fil dans la main et une touille presque totale. La pression monte et je fais rapidement le bilan : touille complète sur la seule zone intéressante à ce jour, beaucoup de mou dans le fil, équilibre précaire et capital moral bien entamé. C’est toujours un enchaînement d’incidents qui conduit à l’accident. Et il est plus facile de revenir après un abandon qu’après un accident. Pour le moment, ma priorité est de sécuriser le fil. Tendu en amont, tendu en aval, il me reste quelques boucles dans les mains. Je descends à -12 mètres pour retrouver l’amarrage précédent. Par chance, la visibilité est encore bonne là. Mais pas pour longtemps. Je me débarrasse des boucles en saucissonnant le bloc et fixe fermement. C’est alors que je perçois un petit éclair froid au niveau du pied gauche. Une entrée d’eau ! L’écaille a dû accrocher mon pied en sombrant. Heureusement, la fuite est très faible. Plus d’hésitation, je rentre. Je laisse là, encore une fois, le secret de la suite, sans aucune idée d’où peut sourdre la rivière.

Belle tablée (photo : J.-Y. Bigot)

Le retour se fait rapidement et sans autre déconvenue. Il ne m’en reste pas moins quarante minutes de paliers. Bien plaqué contre le plafond, les minutes se font de plus en plus longues et mes frissons de plus en plus puissants. Tant qu’il y a du frisson, il y a de l’énergie et de la chaleur ! C’est une réaction normale du corps pour lutter contre le froid. Mais que c’est désagréable ! La délivrance arrive enfin. J’émerge dans l’alcôve noire du siphon. Mes collègues, à ma demande, m’ont laissé puisque j’étais bien persuadé de franchir ce satané siphon et faire des kilomètres de première... Pour mettre le matériel à l’abri d’éventuelles crues, je descends sur cinquante mètres la rivière avec l’équipement complet jusqu’à la salle des Autrichiens. Les bassins sont très confortables à franchir. En revanche, deux petites zones de rapides me sont très pénibles. Sortir de l’eau avec les deux recycleurs et les quatre bouteilles est un effort et un jeu d’équilibriste compliqué. Un bloc roule sous mon pied gauche. Je sens une arrête de calcaire griffer mon bottillon. L’eau entre instantanément. Cette fois-ci, le bottillon est bien fichu. Impossible de replonger dans quelques jours. Je vais devoir la faire réparer chez un spécialiste. A la salle des Autrichiens, je me traîne plus que je ne monte sur la terrasse aménagée hors crue pour me changer. Je refais précautionneusement les sacs afin que les collègues puissent les prendre sans se poser de question. Je repars avec deux sacs pour franchir ce qui me reste de rivière avant de rejoindre la galerie des Pingouins. Là, je quitte la combinaison dont la jambe gauche baigne complètement. Je pose donc deux sacs au bord de la rive : les vêtements et les détendeurs. Je ressors par les Fantasmes avec le sherpa du Megalodon. Je laisserai encore pas mal d’énergie dans la négociation des étroitures avec ce fichu lest. Dehors, la nuit n’est pas loin. Je dévore deux ou trois trucs qui traînent dans le bidon bouffe avant de reprendre le chemin du refuge. J’y serai dans une heure et demi, bien courbaturé, puisque toujours accompagné de mon fidèle recycleur sur le dos.

Malgré l’heure tardive, une assiette bien garnie m’attendait à l’arrivée ainsi que des tonnes de questions. Mais à ma mine déconfite et fatiguée, l’assemblée a gentiment accepté d’attendre le lendemain pour plus de précision sur cet échec.

Samedi 9 août

Repos le matin, mais l’après-midi, je remonte à la grotte afin de récupérer les deux kits laissés sur la rive. Une fois au refuge, je ferai un premier nettoyage des trois sacs déjà récupérés.

La montagne de Beaussebérard

Dimanche 10 août

Balade au-dessus d’Aurent. Pour moi, les objectifs sont plus flous. Aussi j’en profite pour aller au sommet de Beaussebérard, montagne que je contemple depuis sept ans sans jamais être allé voir le panorama. C’est splendide et surprenant. Il y a là-haut une grande zone de pâturage qu’on n’imagine pas. La montée se réalise assez facilement directement à l’aplomb du village. Il y a quelques passages très aériens. Pour le retour, je préfère tenter ma chance par la source du Coulomp. Je prends très en amont pour ne pas risquer d’être face aux barres rocheuses qui bordent toute la rivière. Au pire, je serai en amont des Fantasmes. Je sais que la descente est possible. La traversée d’un grand mélèzin déformé par la pression de la neige revêt une ambiance magique. Les fourmis rousses y bâtissent des chefs-d’œuvres architecturaux. Et la foudre sculpte des arbres pluriséculaires à la manière d’un artiste contemporain.

Étrange mélézin

Hasard, intuition ou chance, je retombe juste au-dessus de la source. En passant devant la grotte des Chamois, il y a un petit tas de matériels hétéroclites au bord du sentier. C’est le signe que c’est à descendre. Je charge sac et bras pour la dernière partie du chemin.

Merci à Marjan, Peter, Agnes, Alex et Mauz qui ont organisé une balade dans l’amont de la rivière pour sortir le reste des sacs plongées.

The big team (photo : J.-Y. Bigot)

Lundi 11 août

Avec Agnes, Lucie, Peter, Jean-Yves, nous montons dans les galeries du Champagne et de Onze Heures afin de rapporter des photos. Le second objectif est de récupérer tout le matériel possible. Ces galeries étaient empruntées pour l’accès par les Shadocks aujourd’hui complètement abandonnées. Les trois sacs de cordes et amarrages seront laissés au bivouac des Hormones pour des explorations futures, une partie sera sortie pour la poubelle.

Volcan d'argile dans la galeire chocolat

Avec un peu d’avance sur le reste de l’équipe, j’irai faire quelques clichés dans la galerie Chocolat où je suis resté émerveillé par les petites stalagmites d’argiles.

Mardi 12 août

Lulu a prévu de monter en quad chercher des amis au col du Fa. Nous en profitons, avec Jean-Yves, pour lui faire monter le matériel de plongée et une partie du matériel d’Alex qui doit nous quitter. Mais ce portage ne peut se faire qu’à midi. J’en profite pour occuper la matinée à faire le ménage de tout le matériel de plongée. À la descente, je prends le kit avec la combinaison humide pour pouvoir retourner dans la rivière. L’après-midi, je monte le kit à la grotte et redescends le matériel de Didier qui souffre trop du genou pour espérer aller sous terre.

Mercredi 13 août

Retour dans la grotte. Je pars le premier pour faire la rivière des Pingouins jusqu’à l’aval. Je passe devant le départ de la galerie des Thénardiers. Comme je ne la connais pas, je visite. Mais une erreur d’itinéraire m’amène vers Endless Maze, un labyrinthe peu recommandable. En ressortant par le puits K&K, je déséquipe tout jusqu’à la salle des Slovènes. Arrivé à la voûte mouillante des Pingouins, je croise Philippe A. et Alain qui vont escalader les extrêmes amonts. Au boyau des Fantasmes, j’entends du bruit. Jean-Yves arrive pour continuer le balisage de protection dans la galerie. Il est seul et de mon côté, je commence à avoir froid. Il finit par me convaincre de l’aider dans sa lourde tâche. Avec le perforateur, je perce l’emplacement des piquets que Jean-Yves pose. Ensuite vient le moment de couture où il faut passer la ficelle dans les trous des piquets. Ce n’est pas une activité qui réchauffe énormément. Pire encore, une fois terminé, Jean-Yves immortalise notre travail par quelques photos. Elle est bonne, on la refait ! Vous connaissez tous sa ritournelle préférée...

Le chantier (photo : J.-Y. Bigot)

Finalement, devant mon insistance et mes frissons, et surtout par la panne batterie de ses flashs, nous ferons demi-tour. Retour au refuge.

Jeudi 14 août

Fin de camp pour moi. Je rentre à la maison retrouver ma petite famille.

Le résultat (photo : J.-Y. Bigot)


Agenda

<<

2017

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois