Camp à la grotte des Chamois 2015

mardi 1er septembre 2015
par  Philippe BERTOCHIO

Participant club : Philippe BERTOCHIO

Participants au camp : ACCORSI Donald, ARFIB Bruno, AUDRA Philippe, Bertrand Amandine, CAILHOL Didier, Caton Pascal, Druzhinina Irina, Druzhinin Nikita, FRISON Cathy, HAJNAL Agnes, KOPCHINSKIY Alexey, LEROY José, MARTIN Patrick, MORA MONTEROS Jocelyn, NOBECOURT Jean-Claude, SAUSSE Olivier, STAEBLER Alain, WIELANDER Barbara, WYSS Brigitte, ZENTAY Peter.

Jeudi 13 août 2015

Départ de la Saulce à 8h00 pour une arrivée au col du Fâ à 10h30 après un arrêt chez Eliane afin de récupérer une partie du matériel collectif et tout particulièrement la nourriture non périssable pour le camp : essentiel ! Au col, je rejoins Donald arrivé un peu plus tôt. Philippe Audra est déjà à Aurent. Il m’a prévenu que les portages seraient plus compliqués cette année. Le violent orage de dimanche dernier a emporté une partie de la piste à quelques dizaines de mètres du parking. Les quads ne passent plus. Il faudra faire la chaîne pour passer l’effondrement et des navettes de quads avant et après cet obstacle. Finalement, nous voyons sortir de la piste une petite pelle mécanique suivi de près par Philippe qui arrive avec Lulu et André et leur quad. Nous sommes rassurés de savoir que le matériel pourra être acheminé autrement qu’à dos d’hommes. Nous gagnons un temps et une énergie précieuse. Il faut compter deux jours de portage supplémentaires sans l’aide des quads. Lulu prend mon matériel de plongée, huit charges. André fixe la nourriture et les sacs de Philippe et Donald. En route pour Aurent.

Poste stratégique : José aux casseroles

A 12h, tous sont en bas pour l’apéro où nous rejoignons Irina, son fils, Peter et Agnès. Sidonie, Alain et Alexey sont déjà en désob à la grotte du Chastel. A 13h, nous faisons un premier portage jusqu’à l’entrée des Fantasmes. Les sacs sont lourds mais la journée est belles et nous n’avons que cela à faire. Dès la première journée, six sacs de plongée seront déjà à l’entrée. En revanche, l’eau du Coulomb est encore très chargée suite à la crue du dimanche précédent. Et comme la météo n’est pas très favorable en début de semaine, il faudra programmer la plongée le plus tôt possible.

Vendredi 14 août

Je pars avec le dernier kit plongée, le recycleur Megalodon. C’est la plus grosse charge et la plus précieuse. Philippe le soulève et le trouve vraiment lourd. Pourtant, au jugé, il doit faire dans les douze kilogrammes. Donald nous sort un peson électronique du chapeau et nous le tend pour vérification : 21 kilogrammes. Oups, j’avais les bons chiffres mais dans le désordre. Je comprends mieux pourquoi j’ai mal au dos après avoir passé le boyau des Fantasmes avec le kit à bout de bras pour limiter les chocs ! Sidonie et Bruno m’accompagnent car nous irons ensuite poursuivre la désobstruction de la grotte du Chastel. Il s’agit d’un conduit modeste presque totalement colmaté par de la terre et des galets. Mais le courant d’air ne ressemble en rien à un fonctionnement souterrain. Après une journée de bacs à charger et vider, nous aurons avancé de deux mètres avec un bon espace de travail. Cependant, je ne donne pas grand espoir à ce chantier. Pourtant, quelques mètres plus haut, un grand porche paraît bien plus intéressant mais sans courant d’air...

De leur côté, Peter et Agnès, toujours très motivés, vont amener cinq kits de matériel plongée jusqu’à la rivière. Ils franchiront donc quatre fois le boyau des Fantasmes. Leur abnégation mérite une médaille !

Un accès toujours aérien...

Samedi 15 août

L’eau n’est pas encore très claire, même si la turbidité a bien diminué. Mais dans l’eau, la visibilité est toujours bien plus médiocre que ce que l’on en voit de l’extérieur. Pourtant, il nous faut programmer la plongée car la pluie est annoncée le dimanche. Je donnerai la priorité à la topographie, la recherche du courant et ensuite seulement la recherche d’un passage dans la cheminée argileuse de la trémie terminale.

Devant l’entrée des Fantasmes, nous sommes six pour huit charges : Philippe A. Bruno, Alain, Didier, Brigitte et moi. Peter et Agnès nous rejoindront plus tard pour le portage retour. Nous allons devoir faire des rotations pour amener le tout au siphon. Dans le boyau, il n’y que deux sacs à descendre, les autres sont déjà à la rivière, merci Agnès et Peter. Nous récupérons les chambres à air pour en faire des bouées car les sacs ne flottent pas tous, bien au contraire. Trois sont largement de flottabilité négative et entraîneraient rapidement un bon nageur au fond de l’eau. Brigitte s’équipe avec une petite combinaison néoprène mono-pièce de 3mm. Je lui fais remarquer que ce n’est pas suffisant pour une eau à six degrés surtout que la partie amont est très aquatique. Nous nageons plus souvent que nous ne marchons. Elle me répond avec son charmant petit accent autrichien qu’elle ne craint pas beaucoup le froid. Mais discrètement, elle part faire un essai dans le premier lac. Il ne lui faut pas cinq minutes pour revenir nous dire qu’elle ne pourra pas aller plus loin. L’eau est trop froide. Nous ne sommes plus que cinq !

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Je m’équipe des sous-vêtements et de la combinaison étanche afin de vider un sac. Il n’y a plus que sept charges. Je prends le Megalodon sur le dos et prends un rythme très calme pour ne pas transpirer dans la combinaison avant la plongée. Ce serait le froid assuré durant la décompression. Pendant ce temps, mes quatre collègues chargent les bouées et les attachent les unes aux autres pour réaliser un train flottant. Sur les obstacles, ils font la chaîne. Cette technique est si efficace que le matériel sera à bon port en même temps que moi. Alain et Philippe, qui ont eu une grosse journée la veille, nous quittent pour aller faire la sieste à Aurent. Il me reste ensuite à remonter et préparer le matériel une fois sorti des sacs et protections. Avant de me mettre à l’eau, Agnès et Peter arrivent en renfort. Cela fait plaisir et me rassure sur la suite des événements. Une fois dans l’eau, Bruno me fait passer un sac de cailloux afin de m’équilibrer. Je le fixe en travers des fesses pour remplacer la ceinture de plomb qu’il n’est pas pratique de traîner jusqu’ici. Il gêne un peu le palmage mais c’est plus confortable que d’être collé au plafond toute la plongée. Avant de partir, je mets les gants. Impossible ! On dirait qu’ils ont rétréci. Je dois me rendre à l’évidence que ce ne sont pas les gants qui ont rétréci mais mes doigts qui ont gonflé sous l’effet du froid. Prévoyant, Didier me fait passer une seconde paire, celle pour les paliers. Du XL en cinq millimètres. Avec quelques efforts, je réussis à les mettre mais je perds toutes sensations. Un test d’écriture pour vérifier si je vais pouvoir noter le relevé topographique. Positif. Je peux partir, mais un peu handicapé dans toute préhension. Pour commencer la topographie, je rejoins la petite cloche au bout de la vasque du siphon. Le courant est très net. J’ai vraiment l’impression de ne pas avancer. Il me faut pourtant limiter les efforts afin d’éviter l’essoufflement, peu compatible avec la respiration sur recycleur, même avec un Megalodon. Jusqu’à moins vingt mètres, il me faudra lutter contre le courant. Ensuite, les dimensions font qu’il devient moins sensible. La visibilité est très médiocre, au mieux cinquante centimètres. Dans ces conditions, le relevé topographique n’est pas très facile ni très précis. Je vise avec mon compas un azimut flou. Visée après visée, je progresse sur mon fil des années précédentes. Malgré des crues remarquables, il n’a pas souffert. Sur les dalles du fond, au milieu d’un brouillard de particules, les aselles sont nombreuses à l’affût de nourriture apportée par cette eau chargée. Selon les portions de galerie, il y en a jusqu’à dix à vingt au mètre carré. Quelle foule !

Départ en plongée (photo : JY Bigot 2014)

J’atteins enfin la remontée après déjà quarante minutes de plongée. Dans le pied de la trémie, je sors ma poire de colorant que je presse entre les blocs à la recherche d’un hypothétique courant. La technique semble bonne mais pas l’outil, et encore moins les conditions du moment. Le colorant se fige puis semble disparaître dans le brouillard de particules. A -45 mètres, j’ai du mal à savoir où je me dirige. Après une visée virtuelle vers mon terminus, je suis le fil et cherche à me repérer. Je ne sais par quel mystère la visibilité décroît avec la remontée. Rien de logique ! Est-ce qu’inconsciemment, l’appel du demi-tour me fait prendre conscience des conditions médiocres ? Je fais une pose pour la topographie et remonte à -35 mètres pour faire le point. Je suis toujours le fil. Je vois encore ma main sur le fil puis le brouillard tout autour. Il est totalement illusoire de rechercher le courant dans les blocs avec ces conditions. Le relevé topographique ne sera pas mieux. Je ne parle même pas de chercher une suite dans la zone argileuse, si je la retrouve. Dans la minute, ma décision est prise. Le demi-tour s’impose. Le courant me pousse et raccourcit les distances. Sur le retour, je vérifie que les mesures soient cohérentes sur les étiquettes du fil avant de rejoindre la zone de décompression. Je commence à -27 mètres. Cela va être long et... froid. À la sortie, les porteurs sont là avec des nouilles chinoises bien chaudes. Quel plaisir ! Impossible de garder les pâtes sur la cuillère tant je tremble. J’y vais directement avec les doigts. De toutes manières, je ne risque pas de me brûler, je ne sens plus mes doigts depuis longtemps. Avec mes assistants, je me déséquipe et remballe le matériel dans les sacs ad-oc. En trente minutes, tout est prêt. Comme à l’aller, je pars devant avec le Megalodon sur le dos, à un rythme de sénateur. Et mes collègues font la chaîne flottante avec les six autres sacs. Un beau travail d’équipe. Au terminus de la rivière, tous les sacs sont montés au départ du boyau des Fantasmes. Les suivants pourront, selon leur forme, en prendre un pour le redescendre à Aurent. En deux jours, ce sera chose faite. Quelle chance d’avoir des équipiers de cette qualité !

Dimanche 16 août

Grasse matinée, petit-déjeuner, nettoyage, déjeuner, sieste, nettoyage, dîner, dodo. Pendant ce temps, mes sacs plongées redescendent, un à un, de la grotte…

L'accès aux Fantasmes : il ne faut pas craindre le vertige... (photo : B. WIELANDER)

Lundi 17 août

La récupération est bonne. J’ai envie d’en découdre avec les grottes du Chastel. La petite grotte du bas, avec son courant d’air intermittent ne m’inspire guère. En revanche, la grosse entrée quelques mètres plus haut est très attirante. Il s’agit de la grotte des deux mouflons, nom relatif aux deux crânes qui trônent non loin du porche. Les traces d’occupations animales sont nombreuses, certainement renards et blaireaux au regard des os qui apparaissent devant des entrées de terrier. Le sol est terreux avec des blocs tombés du plafond. Depuis l’entrée, le plafond ne cesse de descendre alors que le sol reste presque horizontal. Dix mètres plus loin, la logique fait que sol et plafond se rejoignent de manière étanche. Aucun courant d’air ne filtre. Trois petites stalactites tombent du plafond et se perdent dans le remplissage terreux. C’est à gauche que je commence un sondage du sol pour évaluer les efforts nécessaires à une désobstruction. Les cinq centimètres de terre souple et sèche laissent la place à vingt ou vingt-cinq centimètres de terre noire compacte. Elle se retire facilement en mottes cubiques. Dessous, un petit plancher de calcite, d’un ou deux centimètres, avant un gros remplissage d’argile grise compacte et relativement sèche. Ensuite, les choses se gâtent car l’argile devient collante et sablonneuse à souhait. Ce sondage suffit à me donner du courage pour la suite. Nous craignions de tomber sur un remplissage de dalles effondrées du plafond. Il n’en est rien, au contraire, preuve est faite qu’une rivière est passée par là. Pendant plus de deux heures, je vais gratter (comme un blaireau aux dires de certaines) et sortir des bacs de sédiments. La progression sera faible mais le chantier est en place. De retour à Aurent, j’apprends que Karine m’a remonté cinq sacs de plongée. Il n’en reste plus que trois et le reste. Au repas, Didier et Sidonie nous annoncent leur départ le lendemain. Pour moi, ce sera lorsque j’aurai trouvé une bonne âme pour remonter tout le matériel avec un quad et sa remorque.

Le fond actuel de la grotte des deux Mouflons.

Mardi 18 août

La matinée passe rapidement en nettoyage et conditionnement des derniers sacs redescendus. Après le repas, je me prépare pour faire un premier portage avec Didier et Sidonie qui remontent. Didier a aussi deux voyage à faire. Sidonie n’en a qu’un et décide de m’aider à monter du matériel. Nous traversons le village pour prendre le chemin. Devant leur maison, André et sa femme font la sieste dans leur chaise longue. En voyant nos charges de mulet, André saute sur son quad et attelle la remorque. Un quart d’heure après, sa remorque sera pleine à raz bord, prête pour la remonté. Sidonie profite du taxi pendant que les deux garçons courent derrière.

Finalement, le camp se terminera pour moi plus vite que prévu. Merci encore une fois à André et Lulu pour leur quad et leur gentillesse. Nous faisons une petite halte traditionnelle à Entrevaux pour déguster une glace avant que chacun retourne dans sa région.


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